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Author: Pierre de La Coste Added: 14-08-07 Reads: 408 Comments: 0 On 1 short list |
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Arkhalia, le livre sans page
Le soleil règne déjà dans la chambre blanche. Je m'assieds sur le bord du lit et je regarde autour de moi.
Le sol est pavé de petits carreaux rouges irréguliers. Les murs sont de pierre ou de brique, soigneusement passés au lait de chaux. Sauf l'embrasure de la fenêtre et l'entourage de la porte, laissés en belle pierre apparente.
Sur une table basse, un pain, des fruits, un pichet et une tasse. Du poisson grillé sur un plat, une carafe d'eau pure.
Sur le lit, on a posé des vêtements légers et clairs. Un pantalon et une chemise. Une paire d'espadrilles
Cette chambre me plait. Dans l'état de fatigue où je me trouve, son dénuement correspond merveilleusement à ce que je souhaite : me reposer, reprendre des forces.
Je tends la main et je saisis le pichet. Il est rempli de café brûlant. Je me sers une tasse. L'arôme profond, la saveur délicate et robuste m'extirpent complètement des brumes du sommeil. Je dévore le pain et le poisson.
Dans l'embrasure, une table de travail, élégante et sobre, et une chaise.
Je me lève, je m'habille et m'approche de la table. Un cahier épais, à la couverture blanche, y est posé en évidence, ainsi qu'un beau stylo de cuivre poli. Les pages du cahier sont vierges. Le papier en est d'aspect particulièrement agréable, d'un blanc légèrement teinté de jaune, feutré et souple, doux au toucher.
Il est certain que quelqu'un l'a placé ici en pensant que je souhaite écrire, ou pour m'inciter à écrire. L'idée me séduit. Dés que mes forces le permettront, j'y consignerai mes premières impressions.
Tenir un journal me sera certainement utile pour mon enquête.
Un coup d'œil à la fenêtre. Le soleil m'éblouit un peu. Je devine une place ombragée de beaux arbres.
La douleur à la gorge, lancinante, me reprend parfois. J'ai la tête qui tourne, mais je parviens à oublier la souffrance physique.
En furetant dans la pièce, je découvre une petite salle de bain aménagée dans l'épaisseur du mur.
Elle est spartiate, mais claire et propre. Je dispose de tout le nécessaire pour ma toilette. De l'eau courante, des serviettes moelleuses, des pains de savon colorés et odorants. Bleu, vert d'eau, violet, jaune safran, blanc translucide. Lavande, vanille, violette, fruits de la passion, caramel.
Dans cette salle de bain, il ne manque guère qu'une glace.
Tout en terminant d'avaler un fruit, je pousse doucement la porte et je descends un petit escalier de bois, aux marches grinçantes.
Je me sens revivre.
En bas, dans le vestibule voûté et dallé, une forme voilée se lève à mon arrivée.
- Bienvenue à Arkhâlia, cher Monsieur.
C'est une femme d'une cinquantaine d'années, dont je n'aperçois que le visage ridé et souriant. Je ne sais que lui dire et je la remercie d'un mot banal. Elle reprend, avec une inquiétude presque maternelle :
- Vous sentez vous bien ? Avez-vous besoin de quelque chose, cher Monsieur ?
Je lui réponds que non et je sors sur la place.
Arkhâlia ressemble à un gros bourg de pêcheurs, élégant et propre. Sous le soleil éclatant, les taches de couleur vives des façades se détachent franchement, séparées par les arêtes dures de pierre claire, aux angles des murs, autour des fenêtres et des portes.
Je ne vois pas la mer, mais je la sens. C'est ce qui me décide à marcher, pour aller à sa rencontre. Poussé par un fort appétit de sel, de vent et de voiles, je traverse la grande place déserte.
En quelques pas à peine, la perspective change. Une grande rue bordée de belles maisons aux fenêtres ouvragées, aux corniches sculptées, se découvre à moi. De rares automobiles, quelques passants, des charrettes tirées par des chevaux ou des ânes. Beaucoup de bicyclettes. La paisible agitation d'une population laborieuse.
Les sons de la vie quotidienne tintent clairement, bien audibles. Le contraste avec la circulation fiévreuse des grandes villes occidentales est net, reposant.
Les étrangers doivent être peu nombreux, à Arkhâlia, car ma présence ne demeure pas inaperçue. Les passants me sourient. Les commerçants et les artisans interrompent leur travail et me saluent. Je me sens accueilli par une ville chaleureuse et amicale.
Les tenues européennes sont rares. Les habitants d'Arkhâlia préfèrent d'amples vêtements ornés, brodés et colorés, qui les couvrent de la tête au pied.
De temps à autre, je croise des hommes à la tenue très sombre, vaguement militaire. Ils sont bien les seuls à ne pas me sourire. Je n'y prête pas beaucoup d'attention.

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